Détroit d'Ormuz : la carte, et pourquoi le gazole a pris 68 centimes depuis février
Le détroit d'Ormuz, entre l'Iran et la péninsule omanaise de Musandam, reste fermé à la navigation normale au 28 septembre 2026. Voici la carte en français, ce qui transitait par ce passage, pourquoi le gazole y est plus exposé que l'essence, et le prix moyen officiel du litre à chaque étape de la crise.

Où se trouve le détroit d'Ormuz
C'est le seul passage maritime entre le golfe Persique et l'océan Indien. Tout pétrolier qui charge au Koweït, en Irak, au Qatar, à Bahreïn ou dans les terminaux saoudiens et émiriens situés dans le Golfe doit l'emprunter.
Sur la carte ci-dessus, le détroit dessine un coude entre la côte iranienne, au nord, et la pointe de la péninsule de Musandam, au sud, un territoire omanais séparé du reste d'Oman par les Émirats arabes unis. À l'ouest s'ouvre le golfe Persique, où se trouvent les grands terminaux pétroliers ; à l'est, le golfe d'Oman, puis la mer d'Arabie et l'océan Indien.
Les navires ne passent pas n'importe où. Le trafic suit un dispositif de séparation au nord de Musandam : une voie pour entrer dans le Golfe, une voie pour en sortir, les flèches violettes de la carte. Selon le Service de recherche du Congrès américain, chaque voie fait 2 milles nautiques de large (environ 3,7 km), séparées par une zone tampon de même largeur. C'est ce couloir d'une dizaine de kilomètres que les armateurs évitent depuis la fin février.
L'Iran contrôle la rive nord et la plupart des îles du détroit : Qeshm, Ormuz, Larak et Hengam. Plus à l'ouest, Abou Moussa et les deux îles Tomb, occupées par l'Iran, sont revendiquées par les Émirats.
de large au plus étroit : 21 milles nautiques (39 km) dans les références maritimes, environ 30 milles (48 km) pour le Strauss Center de l'université du Texas, 55 km sur Wikipédia en français. L'écart vient des points de mesure retenus
de navigation, une par sens, au nord de la péninsule de Musandam
l'Iran au nord, Oman au sud ; les Émirats arabes unis bordent l'entrée ouest
Ce qui passait par Ormuz, et ce qui y passe encore
Avant la crise, un quart du pétrole transporté par la mer dans le monde franchissait ce couloir. Les routes de contournement n'en compensent qu'une partie.
| Flux | Avant la crise | Pendant la crise |
|---|---|---|
| Pétrole (brut et produits) | 20 Mb/j en 2025 | 2,7 Mb/j en moyenne de mars à mai 2026 |
| Dont pétrole brut | près de 15 Mb/j | non publié |
| Gazole exporté par le Golfe | niveau de référence | 390 000 b/j en août, un peu plus du quart |
| Oléoduc saoudien vers Yanbu (mer Rouge) | 2 Mb/j | plus de 5 Mb/j début juin |
| Oléoduc émirien vers Fujaïrah | — | 1,8 Mb/j |
Sources : Agence internationale de l'énergie (fiche Strait of Hormuz, mise à jour en février 2026 ; analyse sur le réajustement des flux ; Oil Market Report de septembre 2026). Mb/j = millions de barils par jour. Pour le gazole, l'AIE ne donne que le rapport au niveau d'avant-guerre.
L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estime que 20 millions de barils par jour ont transité par le détroit en 2025, soit environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole et près de 20 % du gaz naturel liquéfié échangé dans le monde. 80 % de ces volumes partaient vers l'Asie. Après le début du conflit, le 28 février, le flux est tombé à 2,7 millions de barils par jour en moyenne de mars à mai.
Les pays du Golfe ont détourné ce qu'ils pouvaient. L'Arabie saoudite a fait passer plus de 5 millions de barils par jour par son oléoduc vers Yanbu, sur la mer Rouge, et les Émirats 1,8 million par l'oléoduc de Fujaïrah, qui débouche directement sur le golfe d'Oman. Le compte n'y est pas : en août, plus de 10 millions de barils par jour de production du Golfe restaient à l'arrêt, selon le rapport mensuel de l'AIE de septembre.
Pour l'Europe, le chiffre qui compte est celui du gazole. Le Golfe en exportait beaucoup, raffiné sur place. En août, ces exportations nettes ne dépassaient pas 390 000 barils par jour, « just over a quarter of pre-war levels », écrit l'AIE.
Pourquoi le gazole français est plus exposé que l'essence
La France achète peu de pétrole brut au Golfe, mais une part importante de son gazole déjà raffiné vient de là.
| Importations de la France | Part du Proche et Moyen-Orient |
|---|---|
| Tout le pétrole, brut et raffiné, en 2025 | 17 % |
| Tout le pétrole, 1er trimestre 2026 | 11 % |
| Produits raffinés, 1er trimestre 2026 | 20 % |
| Pétrole brut, 1er trimestre 2026 | 6 % |
Source : Douanes (DGDDI/DSECE), analyse du commerce extérieur du 1er trimestre 2026, parts en valeur. Pour les produits raffinés venus de la zone, l'Arabie saoudite en fournit plus de la moitié et le Koweït un quart ; le reste vient des Émirats arabes unis et de Bahreïn.
La France dépend à 99 % des importations pour son pétrole, rappelle le ministère de la Transition écologique. Son brut vient surtout d'Afrique, d'Amérique et d'Europe hors Union : le Golfe n'en fournit que 6 %. Mais un cinquième des produits raffinés importés au premier trimestre venait du Proche et Moyen-Orient. Or le gazole reste le carburant roi en France : 72 % des carburants routiers consommés en 2023, selon le service statistique du ministère.
Le prix du jour le montre. Le 27 février, veille du conflit, le gazole coûtait un peu moins cher que le SP95-E10 à la pompe, en moyenne nationale. Le 18 septembre, il le dépasse de 23 centimes. Le cours du brut pèse sur les deux carburants ; la pénurie de gazole raffiné pèse sur un seul, et sur son proche cousin, le fioul domestique, au plus haut depuis 2020. Les autres mécanismes, du prix plafonné aux camions-citernes, sont détaillés dans notre page Pourquoi la France manque de gazole.
Chaque étape de la crise, et le prix du litre en France
Prix moyens nationaux publiés chaque semaine par le ministère, relevés le vendredi en France métropolitaine hors Corse. Le dernier disponible est celui du 18 septembre.
| Vendredi | Ce qui se passe | Gazole | SP95-E10 |
|---|---|---|---|
| 27 février 2026 | Veille du conflit | 1,701 € | 1,708 € |
| 6 mars | Première semaine de blocage | 1,953 € | 1,791 € |
| 10 avril | Pic du printemps | 2,314 € | 1,989 € |
| 3 juillet | Après le mémorandum de juin | 1,863 € | 1,873 € |
| 31 juillet | Reprise des hostilités le 8 juillet | 2,216 € | 2,024 € |
| 18 septembre | Impasse diplomatique | 2,383 € | 2,151 € |
Source : DGEC, base des prix des produits pétroliers (prix TTC moyens du vendredi, fichier mis à jour le 21 septembre 2026). Les 2,383 € du gazole et les 2,151 € du SP95-E10 du 18 septembre sont les niveaux les plus élevés de la série hebdomadaire publiée depuis janvier 2020 ; le précédent sommet du gazole datait du 11 mars 2022 (2,141 €).
sur le litre de gazole entre le 27 février (1,701 €) et le 18 septembre (2,383 €)
viennent du prix hors taxes : le produit raffiné et son acheminement
viennent de la TVA, qui s'applique sur ce prix plus élevé ; l'accise, fixe par litre, n'a pas bougé
Le Brent, le pétrole de référence en Europe, a suivi le même chemin : 70,89 dollars le baril en moyenne en février, 103,13 dollars en mars, 117,29 dollars en avril, redescendu à 83,76 dollars en juillet après l'accord de juin, puis 91,08 dollars en août selon les moyennes mensuelles de la DGEC. L'AIE relève un pic à 113,48 dollars le 9 septembre pour le Brent physique.
Dans le prix hors taxes du gazole, c'est la cotation internationale du produit qui a doublé. Selon la note hebdomadaire de la DGEC, elle représentait 112,2 centimes par litre le 18 septembre, contre 52 centimes en moyenne en 2025 ; la part du transport et de la distribution est passée, elle, de 22 à 25,7 centimes. Le détail des taxes est dans notre article sur la baisse des taxes sur le carburant.
Chronologie de la crise, mise à jour le 28 septembre
Du plus récent au plus ancien. Nous mettons cette liste à jour à chaque étape qui compte pour la navigation ou pour les prix.
- Lundi 28 septembreLe Brent pour livraison en novembre gagne 4 %, à 108,48 dollars vers 11 h 35 à Londres, après le refus américain. Sur ce site, le gazole se vend 2,399 € en médiane à 11 h 09.
- Dimanche 27 septembreTéhéran maintient ses conditions. Donald Trump dit s'attendre à une reprise des discussions dans la semaine.
- Vendredi 25 septembreÀ New York, le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi propose de rouvrir le détroit sous sept jours si Washington accepte ses conditions : arrêt des hostilités, levée du blocus naval et des sanctions pétrolières, déblocage d'avoirs gelés. Donald Trump rejette l'offre.
- Mardi 22 septembreÀ la tribune de l'ONU, Emmanuel Macron déclare : « La réouverture du détroit d'Ormuz est une priorité. » Le même jour, le gouvernement prolonge ses aides carburant, pour 450 millions d'euros, en invoquant « le blocage du détroit d'Ormuz ».
- Lundi 21 septembreEntretien entre Emmanuel Macron et Donald Trump à New York, sur la volonté de « rouvrir, justement, Ormuz » et de faire passer davantage de pétroliers.
- Mercredi 9 septembreLe Brent physique atteint 113,48 dollars le baril, selon l'AIE.
- AoûtPlus de 10 millions de barils par jour de production du Golfe restent à l'arrêt ; les exportations de gazole du Golfe tombent à un peu plus du quart de leur niveau d'avant-guerre (AIE).
- Mercredi 8 juilletReprise des hostilités. D'après ONU Info, près de 130 navires marchands traversaient chaque jour le détroit juste avant ; l'Organisation maritime internationale recommande d'éviter la zone.
- Lundi 15 juinLes dirigeants de neuf pays, dont la France, saluent le mémorandum d'entente entre les États-Unis et l'Iran et jugent essentielle une réouverture urgente du détroit. Les prix à la pompe reculent jusqu'au début juillet.
- Vendredi 17 avrilConférence à l'Élysée, coprésidée par Emmanuel Macron et Keir Starmer, avec une cinquantaine d'États : projet de mission multinationale « strictement défensive », à déployer quand la sécurité le permettra.
- Jeudi 19 marsDéclaration conjointe de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, du Japon, des Pays-Bas et du Royaume-Uni appelant à rétablir la navigation dans le détroit.
- Mercredi 11 marsLes pays de l'AIE décident de mettre 400 millions de barils de leurs stocks d'urgence sur le marché, la plus grosse opération de ce type.
- Samedi 28 févrierDébut du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Les armateurs suspendent leurs passages ; le flux de pétrole s'effondre dans les jours qui suivent.
Ce qui peut faire bouger le prix, et ce que l'on ne sait pas
Une réouverture ne ferait pas baisser le litre du jour au lendemain. Trois choses à surveiller, et une inconnue.
1La reprise des négociations
Donald Trump dit attendre une reprise des discussions cette semaine ; l'Iran conditionne la réouverture à la levée du blocus et des sanctions. Tant que le détroit reste fermé, l'AIE ne voit pas les flux se normaliser avant l'an prochain.
2Le prix du gazole raffiné, plus que celui du brut
Pour la France, c'est la cotation du gazole à Rotterdam qui fait le prix à la pompe. Elle dépend du retour des cargaisons raffinées du Golfe, qui sont aujourd'hui au quart de leur niveau d'avant-guerre.
3Les ruptures en station
Le nombre de stations sans gazole mesure la tension au jour le jour. Il est à 884 ce 28 septembre, soit 9,2 % des stations qui en vendent, avec en tête Paris, le Haut-Rhin, l'Ille-et-Vilaine et le Bas-Rhin. Le détail est sur la page stations sans gazole.
Prix du gazole aujourd'hui
Médiane nationale, déciles et carte département par département, mis à jour chaque heure
Pourquoi la France manque de gazole
Les cinq mécanismes de la pénurie, du raffinage aux camions-citernes
Stations sans gazole
Les ruptures déclarées par les stations, département par département
Le prix du gazole en Europe
La France face à l'Allemagne, l'Italie, le Portugal et le Royaume-Uni
Prix du fioul domestique
1 937 € les 1 000 litres au dernier relevé officiel : le coût de la cuve semaine après semaine
Le prix dans votre département
Médiane, station la moins chère et ruptures pour chaque département
D'où viennent ces chiffres
Prix et cours du ministère, flux de l'Agence internationale de l'énergie, importations des Douanes, déclarations publiées par l'Élysée. Les décompositions sont nos calculs.
- DGEC, ministère de la Transition écologique, « Prix des produits pétroliers » : base des prix HTT et TTC depuis 2020 (fichier du 21 septembre 2026) et historique du cours du Brent – ecologie.gouv.fr ; note « Cours, prix et marges des produits pétroliers » du 18 septembre 2026 – PDF
- Agence internationale de l'énergie, « Strait of Hormuz » (mise à jour en février 2026) – iea.org ; « How global oil supplies have readjusted to help fill the huge gap left by the Strait of Hormuz shock » – iea.org ; Oil Market Report, septembre 2026 – iea.org ; décision de mise sur le marché de stocks du 11 mars 2026 – iea.org
- Douanes (DGDDI/DSECE), « L'excédent commercial de la France avec le Proche et Moyen-Orient est en nette diminution au 1er trimestre 2026 » – lekiosque.finances.gouv.fr
- Présidence de la République : déclaration conjointe sur l'Iran du 28 février 2026 – elysee.fr ; déclaration sur le détroit d'Ormuz du 19 mars – elysee.fr ; initiative pour la navigation du 17 avril – elysee.fr ; déclaration sur le mémorandum du 15 juin – elysee.fr ; Assemblée générale des Nations unies, 21 et 22 septembre – première journée, deuxième journée
- SDES, « Chiffres clés de l'énergie – Édition 2025 », chapitre pétrole (part du gazole dans les carburants routiers) – statistiques.developpement-durable.gouv.fr
- Ministère de l'Économie, communiqué du 22 septembre 2026 sur les aides carburant – presse.economie.gouv.fr
- ONU Info, « Détroit d'Ormuz : la reprise des combats perturbe le trafic maritime », 9 juillet 2026 – news.un.org
- Plan iranien du 25 septembre et refus américain : franceinfo ; cours du Brent du 28 septembre : CNBC
- Largeur et voies de navigation : Strauss Center, université du Texas – strausscenter.org ; Congressional Research Service, rapport R45281 – congress.gov
- Prix du jour : flux « instantané » de prix-carburants.gouv.fr (ministère de l'Économie, Licence Ouverte 2.0), médianes calculées par ce site le 28 septembre 2026 à 11 h 09 – notre méthode
Publié le
Par Rédaction Radar Carburant
Nous relevons chaque heure les prix déclarés par les stations-service françaises au ministère de l'Économie et suivons ce qui les fait bouger : cours du pétrole, taxes, aides, ruptures d'approvisionnement et décisions publiques.
Sources : prix moyens hebdomadaires des carburants et cours mensuels du Brent de la DGEC (ministère de la Transition écologique), Agence internationale de l'énergie, Douanes, commerce extérieur du 1er trimestre 2026, déclarations publiées par l'Élysée, ONU Info ; faits du 25 au 28 septembre d'après franceinfo, Le Monde et CNBC. Prix du jour : médianes de ce site à partir du flux officiel prix-carburants.gouv.fr (Licence Ouverte 2.0), relevé du 28 septembre 2026 à 11 h 09. Les décompositions sont nos propres calculs. Carte : Goran_tek-en, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0, étiquettes traduites par Radar Carburant ; la carte modifiée est diffusée sous la même licence. Méthode détaillée sur la page Comment ces chiffres sont calculés.